Une PME de transport qui renouvelle trois utilitaires en 2026 ne paie pas la même note fiscale qu’en 2024. Le malus CO₂ se déclenche plus tôt, les taxes annuelles sur les émissions pèsent davantage dans le coût total de détention, et une nouvelle taxe incitative cible les flottes qui tardent à intégrer des véhicules à faibles émissions.
Pour un gestionnaire de flotte, la question n’est plus de savoir s’il faut verdir le parc, mais comment arbitrer les commandes pour limiter la facture dès cette année.
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Taxe annuelle incitative sur les flottes : le mécanisme qui change la donne en 2026
Les concurrents détaillent longuement le malus à l’achat ou les barèmes de la taxe sur les émissions de CO₂. On va commencer par le levier que beaucoup de gestionnaires découvrent trop tard : la Taxe Annuelle Incitative (TAI), liée aux obligations de verdissement issues de la loi LOM.
Depuis le 1er mars 2025, les entreprises privées disposant d’au moins 100 véhicules légers sont assujetties à cette taxe. Elle ne porte pas sur chaque véhicule isolément, mais sur la proportion globale de véhicules à faibles émissions (VFE) dans l’ensemble du parc.
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En 2026, l’objectif est fixé à 18 % de VFE dans la flotte totale. Chaque véhicule manquant par rapport à ce seuil coûte 4 000 euros, modulé par le taux de renouvellement des véhicules les plus émetteurs. Sur un parc de 150 véhicules, si on n’atteint que 10 % de VFE au lieu de 18 %, la pénalité grimpe vite.
Hybrides rechargeables : un sursis qui expire en 2027
Jusqu’à fin 2026, les véhicules hybrides rechargeables émettant 50 g de CO₂/km ou moins comptent encore comme VFE dans le calcul de la TAI. C’est un point d’arbitrage concret pour les commandes passées cette année.
À partir de 2027, seuls les véhicules 100 % électriques ou à hydrogène seront retenus comme VFE. Miser uniquement sur les PHEV en 2026 expose à une surtaxe dès l’année suivante. On peut encore en intégrer quelques-uns pour atteindre le quota cette année, mais la stratégie de fond doit viser l’électrique pur.

Malus CO₂ et malus masse : arbitrer le choix des motorisations
Le seuil de déclenchement du malus CO₂ s’abaisse à 108 grammes de CO₂/km au 1er janvier 2026. Pour une flotte de véhicules de tourisme, cela réduit drastiquement le nombre de modèles thermiques accessibles sans surcoût à l’immatriculation.
Le malus au poids s’applique désormais aux véhicules dépassant un certain seuil de masse. Les SUV thermiques et hybrides classiques sont directement concernés. Les véhicules 100 % électriques restent exonérés du malus masse, ce qui crée un écart de coût à l’acquisition de plus en plus visible.
Conséquence pratique sur les commandes de véhicules de tourisme
Pour un responsable de flotte qui commande des berlines ou des SUV compacts, le calcul se pose en ces termes :
- Un modèle thermique récent émettant autour de 120 g CO₂/km déclenche le malus CO₂ et potentiellement le malus masse, deux postes qui n’existaient pas ou peu il y a trois ans sur ce segment
- Un hybride rechargeable sous 50 g CO₂/km échappe au malus CO₂ et reste comptabilisé comme VFE en 2026, mais pas au-delà
- Un véhicule électrique ne subit ni malus CO₂, ni malus masse, ni les taxes annuelles sur les émissions de polluants atmosphériques
L’écart de TCO (coût total de détention) entre un thermique et un électrique s’est resserré ces dernières années. En 2026, sur un cycle de détention de trois à quatre ans, la fiscalité seule peut représenter plusieurs milliers d’euros de différence par véhicule.
Taxes annuelles sur les émissions : intégrer le coût récurrent dans le TCO
Depuis 2023, l’ancienne TVS a été remplacée par deux taxes distinctes : la taxe annuelle sur les émissions de CO₂ et la taxe annuelle sur les émissions de polluants atmosphériques. Les barèmes 2026 confirment la trajectoire de durcissement.
La taxe sur les émissions de CO₂ s’applique à tous les véhicules de tourisme affectés à l’entreprise, selon un barème progressif par tranche d’émissions. La taxe sur les polluants atmosphériques cible les motorisations diesel et essence selon leur norme Euro et leur date de première immatriculation.
Ce que ça change concrètement pour la gestion de flotte
Les véhicules utilitaires catégorie N conservent un traitement fiscal favorable : pas de taxes annuelles sur les émissions, TVA déductible à 100 %, amortissement non plafonné. Pour les entreprises qui peuvent justifier l’usage utilitaire, basculer certains postes vers des VU plutôt que des VP reste un levier d’optimisation réel.
Pour les VP, la comparaison entre un diesel Euro 6 de cinq ans et un électrique neuf fait apparaître un écart annuel significatif sur ces deux taxes. Les retours varient selon les cas d’usage et le kilométrage, mais la tendance est univoque : conserver un véhicule thermique ancien dans le parc coûte de plus en plus cher chaque année.

Stratégie de renouvellement de flotte 2026 : les arbitrages concrets
On résume les leviers opérationnels pour un gestionnaire de flotte qui prépare ses commandes cette année.
- Atteindre le seuil de 18 % de VFE si la flotte dépasse 100 véhicules, en priorisant l’électrique pur pour que ces véhicules comptent aussi après 2027
- Remplacer en priorité les véhicules diesel anciens (norme Euro 5 ou antérieure), qui cumulent taxe CO₂ élevée et taxe polluants atmosphériques maximale
- Exploiter l’exonération de malus masse pour les électriques sur les segments SUV et berlines familiales, où l’écart fiscal avec le thermique est le plus marqué
- Vérifier la classification carte grise (catégorie M ou N) pour chaque véhicule du parc, car le régime fiscal diffère radicalement entre tourisme et utilitaire
L’amortissement des véhicules électriques bénéficie d’un plafond relevé par rapport aux thermiques, et l’avantage en nature pour les salariés utilisant un véhicule électrique reste plus favorable que pour un thermique équivalent. Ces deux paramètres comptent dans l’acceptation interne du passage à l’électrique.
Le calendrier fiscal ne laisse plus beaucoup de marge. Les barèmes 2027 durciront encore les seuils du malus CO₂ et excluront les hybrides rechargeables du statut VFE. Commander un véhicule électrique en 2026 sécurise la position fiscale sur au moins trois exercices. Pour les flottes de taille intermédiaire qui ne sont pas encore soumises à la TAI, le signal reste le même : chaque renouvellement thermique alourdit un TCO que la fiscalité ne fera qu’augmenter.

