18 %. C’est la chute nette de la valeur totale des fusions et acquisitions enregistrée en Europe en 2023, selon Refinitiv. Pourtant, certains secteurs n’ont jamais autant bougé. Les tensions politiques et l’incertitude géopolitique ralentissent la cadence, mais la tech et la santé continuent d’aimanter les investisseurs.
Les spécialistes du capital-investissement révisent leurs méthodes : ils se tournent vers des cibles plus restreintes, multiplient les opérations transfrontalières. Les prévisions pour 2025 restent floues, entre prudence affichée et espoir de reprise au gré d’assouplissements monétaires attendus.
Où en est le marché des fusions et acquisitions en France et en Europe ?
Le marché des fusions et acquisitions traverse une période de refroidissement sur fond d’incertitude économique. En Europe, le volume des transactions a reculé de 18 % en 2023, d’après Refinitiv. Un chiffre qui traduit la méfiance d’investisseurs bousculés par la volatilité des taux et les soubresauts géopolitiques. La France, habituellement moteur, a elle aussi ralenti la cadence : les opérations de fusions-acquisitions en France se sont rétractées, même si quelques domaines tirent leur épingle du jeu.
Les disparités sectorielles sont marquées. La tech et la santé résistent, portées par la numérisation accélérée et l’enjeu du vieillissement. À l’opposé, l’industrie doit composer avec des coûts qui s’envolent et une demande en berne. Fini le temps des méga-fusions : place à des opérations plus ciblées, sur des entreprises de taille moyenne.
Chez les professionnels du capital-investissement, la sélectivité s’impose. On recherche les bons coups à l’étranger, loin du marché domestique saturé ou trop exposé aux risques. Les transactions se font plus discrètes, la compétition reste acharnée sur les actifs stratégiques. Tout compte fait, le marché européen des fusions et acquisitions avance en terrain miné, attendant des signaux clairs sur les taux et la stabilité politique.
Incidences des incertitudes politiques et économiques sur la dynamique des opérations
Impossible d’ignorer la marque laissée par les tensions géopolitiques et la hausse des taux d’intérêt. Depuis deux ans, le coût du capital s’alourdit, la prise de risque diminue. Les acteurs du marché deviennent plus prudents : les analyses s’allongent, les négociations traînent. L’incertitude s’invite à chaque étape et freine la concrétisation des projets.
Les grandes échéances électorales, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, ajoutent leur lot de doutes. Un éventuel retour de Donald Trump, les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient : autant de facteurs qui pèsent sur la confiance. Les directions financières revoient leurs plans ; les investisseurs internationaux préfèrent attendre, la réserve prend le dessus sur la prise de risque.
Voici trois freins qui pèsent sur la dynamique actuelle :
- Les taux d’intérêt élevés tirent les valorisations vers le bas.
- L’environnement géopolitique instable ralentit la prise de décision.
- Les perspectives de croissance incertaines poussent à resserrer la sélection.
Cela dit, tout n’est pas figé. Quelques groupes solides profitent de la torpeur pour rafler des actifs à prix attractif. Mais, globalement, la prudence domine. Le premier semestre l’a encore montré : le volume des opérations a baissé par rapport à l’an passé. Le marché reste suspendu aux événements et avance avec précaution.
Quels secteurs tirent leur épingle du jeu en 2024 ?
La technologie occupe le devant de la scène. Les opérations se concentrent sur la transformation numérique et la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Logiciels, cloud, cybersécurité : ces segments résistent, portés par l’urgence de moderniser les infrastructures. Même si les valorisations baissent ailleurs, elles se maintiennent dans la tech.
Les fonds de private equity sont très présents. Leur terrain de jeu favori : les entreprises technologiques ou certaines niches de la santé. Les biotech et medtech s’en sortent bien, aidées par leur capacité d’innovation. Les besoins liés à la démographie et à l’innovation médicale maintiennent la santé au cœur des stratégies, même si la sélection devient plus stricte avec la montée des taux.
L’énergie n’est pas en reste. La transition énergétique dope les acquisitions dans le secteur, qu’il s’agisse de renouvelables ou de services d’efficacité énergétique. Les industriels veulent sécuriser leurs approvisionnements, réduire leur empreinte carbone et diversifier leurs activités.
Trois secteurs se détachent particulièrement :
- Technologie : logiciels, IA, cybersécurité
- Santé : biotech, medtech
- Énergie : renouvelables, services d’efficacité énergétique
En revanche, les secteurs traditionnels comme la distribution ou l’industrie lourde traînent la patte. Les investisseurs cherchent avant tout la croissance, la solidité financière et la capacité à s’adapter rapidement.
Perspectives 2025 : tendances à surveiller et stratégies pour anticiper les évolutions
Pour 2025, le marché des fusions et acquisitions devrait rester animé, mais sélectif. Les études du Global CEO Survey témoignent d’une volonté de s’agrandir, en particulier en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Les dirigeants placent la création de valeur et la solidité des chaînes d’approvisionnement au centre de leurs priorités.
Les critères d’investissement évoluent. Entre la persistance de taux d’intérêt élevés, des tensions géopolitiques récurrentes et des marchés fragmentés, la prudence reste de mise. Les entreprises privilégient désormais des transactions ciblées, souvent transfrontalières, pour accélérer leur transformation ou consolider leur position. La préférence va toujours à la technologie, la santé et les énergies renouvelables. Dans l’industrie, la consolidation et l’innovation dictent la feuille de route.
Voici quelques tendances à observer de près :
- Renforcement des due diligences
- Partenariats stratégiques dans l’axe Europe-Moyen-Orient-Afrique
- Accent sur la durabilité et les critères ESG
La rapidité des transactions dépendra de la situation politique et de la capacité à naviguer entre les contraintes réglementaires. Les fonds de private equity restent dynamiques, mais la sélection se fait plus fine. Dans ce contexte, les dirigeants sont poussés à revoir leur approche : miser sur la flexibilité, renforcer la préparation, privilégier l’innovation et la complémentarité. Les grandes manœuvres sont rares, mais la recomposition des portefeuilles s’accélère pour ceux prêts à saisir la prochaine vague.


